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Demandeurs d'asile en 89

Plus de 150 demandeurs d'asile ont été amenés d'abord de Paris (La Chapelle, Jaurès, Stalingrad...) puis de Calais dans l'Yonne. Une grande majorité dépend de Dublin. Ils ont pris tous les risques et maintenant ils risquent le retour dans un pays où ils ont été enregistrés contre leur gré et où les conditions d'accueil ne sont pas acceptables. Lire dans la rubrique Pages : notre pétition, la lettre des demandeurs d'asile soudanais d'Auxerre ... . Consulter les catégories : Paroles de demandeurs d'asile, Pays de non asile, Nous les soutenons, Nous informons, Chronique en 89, Prahda, Ofpra. Signer la pétition pour la régularisation : https://secure.avaaz.org/fr/community_petitions/emmanuel_macron_et_le_gouvernement_francais_france_regularisation_de_tous_les_sanspapiers/?txqxfqb&fbclid=IwAR2vLV1piiM2wCy8EP05vhzCNFk5iLL_tvPjntEgXI5yFb9Qk4kBBKrgprY

Des vidéos à voir et à partager sur les violences subies par les exilé-e-s à la frontière gréco-turque. Horreurs en temps d'épidémie (3).

Publié le 22 Avril 2020 par lieb dans Scandales en temps d'épidémie, Dépasser les limites de l'Yonne, nous informons

Des vidéos à voir et à partager sur les violences subies par les exilé-e-s à la frontière gréco-turque. Horreurs en temps d'épidémie (3).

Tous les jours, pendant 6 jours, une nouvelle vidéo sera publiée pour dénoncer la situation
Faites la circuler pour dénoncer la situation !

https://indymotion.fr/videos/watch/e8938a1c-5456-46e8-a0cb-be0806c96051

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Oubliés du Covid-19 : en Belgique, un groupe de sans-papiers réclame la régularisation immédiate - résistance en temps d'épidémie (4)

Publié le 22 Avril 2020 par lieb dans nous informons, Nous les soutenons, Dépasser les limites de l'Yonne

Oubliés du Covid-19 : en Belgique, un groupe de sans-papiers réclame la régularisation immédiate - résistance en temps d'épidémie (4)Oubliés du Covid-19 : en Belgique, un groupe de sans-papiers réclame la régularisation immédiate - résistance en temps d'épidémie (4)Oubliés du Covid-19 : en Belgique, un groupe de sans-papiers réclame la régularisation immédiate - résistance en temps d'épidémie (4)
Oubliés du Covid-19 : en Belgique, un groupe de sans-papiers réclame la régularisation immédiate - résistance en temps d'épidémie (4)
 
Ce lundi 20 avril à 11h, un groupe de personnes sans-papiers, les oubliés de cette période de crise du COVID-19, a réalisé une action éclair devant la Tour des Finances, où se trouve le bureau de Maggie De Block, Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, mais aussi de l'Asile et la Migration.
 
A l’aide de pancartes, 60 personnes sans-papiers se sont manifestées silencieusement durant quelques minutes, afin de lancer un premier signal d’alarme et visibiliser la réalité de cette partie de la population aux yeux des citoyens belges. L’action s’est déroulée dans le respect des recommandations sanitaires du confinement : les personnes présentes portant des masques, des gants et se tenant à une distance sociale de 2,5 m. Avant de se disperser calmement, un porte-parole a lu le message et les revendications du groupe :
 
« Avant cette pandémie, nous, sans-papiers, vivions déjà chaque jour dans la peur et les difficultés. Nous travaillions au noir pour gagner de quoi vivre avec nos familles et nos enfants. Une situation d’exploitation que nous dénoncions pourtant. Depuis l’annonce du confinement, tous les secteurs sont fermés et il n’y a presque plus de travail. Du jour au lendemain, nous nous retrouvons sans aucun revenu et aucune aide pour subvenir à nos besoins de base. Nous n’avons pas accès aux soins de santé, nous ne pouvons plus acheter à manger ou payer notre loyer. Malgré ces difficultés, nous respectons toutes les règles de confinement fixées par l’Etat belge.
 
Abandonnés par ce système, nous lançons aujourd’hui ce cri de l’injustice qui nous tue. Plus que le coronavirus, c’est surtout cette politique migratoire qui nous condamne à l’agonie. Hommes, femmes, enfants, jeunes et âgés, malades… Nous sommes les oubliés de cette crise et nous mourons à petit feu !
 
Nous sommes des citoyens et revendiquons nos droits. Nous sortons malgré tous les risques, pour lancer un cri à l’humanité entière, un cri à la justice.
 
Nos demandes à l’égard du gouvernement fédéral sont simples :
 
- Nous réclamons une reconnaissance de l’État belge de notre existence dans ce pays depuis des années : nous voulons être régularisés. La régularisation des sans-papiers dans la situation actuelle est nécessaire et urgente.
 
- Nous demandons aussi la libération et la régularisation des détenus dans les centres fermés.
Nous lançons également un appel aux citoyens qui soutiennent notre cause :nous leur demandons de réagir avec nous et de dénoncer cette situation inacceptable. »
 
Quelques dizaines de soutiens avec papiers étaient présent.e.s. La police a identifié 6 personnes (notamment deux observatrices légales de violences policières) qui risquent de recevoir un procès verbal.
 
Contacts presse :
- Rabia (FR/AR)- rabiex22@riseup.net - 0465 95 40 14
- Keltoum (FR/AR/EN) - marzakikeltoum5@gmail.com - 0488 56 78 89
 
Vous trouverez des photos de l’action via le lien WeTransfer suivant (vidéos à la demande) :
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Régularisation de tous les sans-papiers - Communiqué de la FASTI..

Publié le 15 Avril 2020 par lieb

Régularisation de tous les sans-papiers - Communiqué de la FASTI..

Communiqué de la FASTI 
 Le 14 avril 2020
 
La régularisation de tou-te-s les sans-papiers : c’est maintenant !
 

La situation de crise sanitaire actuelle exacerbe encore plus les inégalités de droits que vivent les personnes en situation irrégulière en France et elle en augmente même la détresse. En effet, certain-e-s d’entre elles continuent à travailler. Ils et elles sont en première ligne dans les activités de nettoyage, de tri des déchets, d’aide à la personne, de l’agriculture, du commerce, de livraison et de la sécurité. Ces activités sont indispensables  et essentielles en toute situation et ont un rôle essentiel que le contexte d’aujourd’hui révèle formidablement bien. Ils/elles sont aussi nombreux-ses dans les activités de l’hôtellerie et de la restauration, largement impactées par la crise sanitaire.
Ce sont des travailleurs et des travailleuses comme les autres sauf que, travaillant pour la plupart de manière non déclarée, ils/elles ne peuvent pas se prévaloir d’un droit de retrait, ni d’un chômage partiel. Ils/elles sont privé-e-s de toutes ressources, amplifiant l’angoisse et la détresse pour des personnes qui font vivre des familles.
Comme si l’exploitation de cette main d’œuvre corvéable ne suffisait pas, on voit ça et là des préfets appeler des demandeur-euse-s d’asile et des réfugié-e-s à l’aide en tant que saisonnier-e-s, poursuivant ainsi la logique utilitariste envers les personnes migrantes.
Ces personnes vivent et travaillent aux côtés des autres habitant-e-s mais la privation de leur « droit au séjour » les rend plus vulnérables. Comme tout le monde, ils/elles peuvent sortir pour aller faire des courses, une activité physique, s’occuper d’une personne vulnérable, etc… sauf que, sans titre de séjour, la crainte de se retrouver avec une OQTF ou en centre de rétention est une réalité que vivent plusieurs sans papiers. Cette crainte est d’autant plus présente que les contrôles policiers ciblent particulièrement les quartiers populaires dans lesquels vivent et/ou fréquentent beaucoup d’entre eux/elles.
 
Au-delà du fait que notre Mouvement se bat depuis toujours contre l’enfermement des personnes étrangères, la situation actuelle dans les CRA, véritables lieux de risques avérés de propagation du virus, devient de plus en plus indécente, dangereuse et même illégale, en l’absence de possibilité d’éloignement du territoire.
C’est le sens de la révolte de ce week-end dans les CRA. La FASTI condamne la répression dont sont victimes ces personnes qui demandent justement de ne pas être exposées à la mort. Nous réitérons l’exigence humanitaire et sanitaire de libérer toutes les personnes retenues. La FASTI se joint aux nombreuses voix qui s’élèvent pour la libération de tou-te-s les retenu-e-s et la fermeture des CRA.
Nous sommes aussi indigné-e-s du sort qui est réservé aux personnes vivant dans des campements à la suite des opérations de mise à l’abri. Ils/elles sont rassemblé-e-s dans des espaces collectifs, comme des gymnases, peu propices à endiguer l’infection au COVID 19. Cette mise à l’abri ressemble à une mise à l’écart et pourrait se révéler être une véritable mise en danger.
La FASTI est aussi inquiète des conditions de vie dans les foyers de travailleurs migrants et de tous les lieux d’habitation collective : surpopulation, promiscuité, absence de mise en place de mesures de protection. La FASTI demande que les personnes en grande précarité puissent vivre leur confinement dans des espaces décents et respectant les règles de précaution sanitaire aussi bien pour les personnes seules ou vivant en  famille.
 
Cette situation de crise met une nouvelle fois en évidence l’arrogance et le mépris du pouvoir mais aussi son incapacité à prendre en compte la réalité de celles et ceux qui n’ont rien. Elle met cruellement en lumière la rupture de classe que produisent les politiques ultralibérales en œuvre depuis des décennies et accentue les inégalités en favorisant les classes supérieures, les patrons d’entreprises, les banques mais ne protège pas les travailleurs, les précaires, les migrant-e-s. 
Elle renforce les rapports asymétriques et de dominations entre les Nords et les Suds, entre les États qui possèdent les meilleures infrastructures de santé et de recherche et le budget pour faire face à la pandémie et les autres, et renforce le racisme envers ces pays et leurs ressortissant-e-s. Cette crise sanitaire montre l’échec d’une politique migratoire qui était mortifère avant, qui risque de l’être pendant. Il ne faut pas qu’elle le soit après.
Alors que nous faisons face à l’une des épreuves les plus difficile comme la mort d’un proche et de ne pas pouvoir assister aux funérailles, nous ne pouvons pas oublier celles et ceux qui continuent à mourir en Méditerranée, aux frontières de Europe, dans le désert, dans nos villes et dans les CRA. Et à leurs familles empêchées depuis des années de pouvoir faire le deuil par l’absence de procédure d’identification ou de rapatriement des corps.
 
C’est pour cela que nous considérons que la régularisation des sans papiers, la liberté de circulation et d’installation est plus que jamais d’actualité. Il faut régulariser les sans-papiers ! Une régularisation pleine et entière ‒ et non pas sélective et éphémère tel que le Gouvernement portugais l’a décidé ‒ une régularisation qui permet à chacun-e de se projeter dans un avenir communNous demandons la régularisation maintenant, et comme nous l'avons toujours fait, car la situation sanitaire a rendu visible, même aux yeux de celles et ceux qui ne veulent pas voir, l'indécence et l'inhumanité des conditions de vie faites aux personnes sans papiers.
Nous demandons la régularisation maintenant, et comme nous l'avons toujours fait, car la situation sanitaire a rendu visible, même aux yeux de celles et ceux qui ne veulent pas voir, les graves conséquences de l'absence d'accès aux droits.
Le simple fait d’évoquer un « jour d’après » est signe qu’il existe quelque chose de l’ordre de l’espoir, qui ne se faisait plus ressentir depuis un certain temps. Alors utilisons cet espace, soyons vigilant-e-s et repartons en lutte !

 
Contact presse : Fernanda Marrucchelli, 06.85.67.02.02
f.marrucchelli@fasti.org
58 rue des Amandiers 75020 Paris
--
FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s)
- 58, rue des Amandiers - 75020 PARIS
courriel : coordination@fasti.org
Site : www.fasti.org
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Ce qu'il advient des demandeurs d'asile évacués - Aucun dépistage cohérent (MSF)

Publié le 10 Avril 2020 par lieb

Un téloignage édifiant des intervenants de MSF.

Une seule solution, la régularisation, l'asile.

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Evacuation du campement d'Aubervilliers - Confinés dehors #Journaldeconfinement. Scandale en temps d'épidémie (2).

Publié le 10 Avril 2020 par lieb dans Scandales en temps d'épidémie

Evacuation du campement d'Aubervilliers - Confinés dehors #Journaldeconfinement. Scandale en temps d'épidémie (2).
Après une gigantesque évacuation le 23 mars, comme celles qui avaient amené dans l’Yonne, transformée en centre de tri, les demandeurs d'asile que nous avons tenté de soutenir durant ces dernières trois années, le 7 avril, journée mondiale de la santé, une cinquantaine d'exilés ont été chassés sans solution d'hébergement, avec force intimidation et destruction. En pleine épidémie.

 

Ci-dessous le récit de l'évacuation du 23 mars

Source : facebook Timothy Perkins

#JournalDeConfinement – Partie 2

 

Contexte général : Depuis des années les campements de rue se succèdent dans Paris, résultat d’une politique de maltraitance où l’objectif est de pourrir la vie des gens pour les dissuader de vivre ici, ou de vivre tout court. Alors l’Etat supprime le droit à l’hébergement et au revenu de subsistance pour des milliers de demandeurs d’asile, créée des systèmes administratifs kafkaïens et arbitraires. Il envoie sa police pour confisquer les tentes et obliger des hommes et des femmes à se terrer sous les ponts au milieu des rats, là où on ne les voit pas. Après les évacuations médiatisées de février (porte de la Chapelle / Aubervilliers),de nombreux exilés ont été remis à la rue. D’autres sont arrivés. Un campement s’est reformé, à Aubervilliers (ils ont finalement réussi à les repousser hors de Paris),dans un terrain vague bien caché, à l’abri des policiers présents 24h/24 dans le quartier.

 

🔸Lundi 23 mars : Veille d’évacuation🔸

Nous savons que le campement d’Aubervilliers sera évacué demain. Et par nous, j’entends les collectifs et associations qui parvenons toujours à grapiller des informations. Bien entendu les autorités ne donnent aucune information aux premiers concernés, les exilés. Il faut savoir comment se passe une évacuation : les policiers arrivent très tôt le matin et encerclent le campement. Beaucoup de policiers. Puisque l’exilé est toujours considéré comme un corps dangereux, un corps à contrôler, à réprimer… Si par malheur certains ont décidé de se lever tôt ce jour-là, pour aller aux bains douche ou à leur convocation en préfecture, ils risquent de louper l’évacuation. Ils n’auront pas d’hébergement.

Pour les autres c’est le tri et la grande loterie qui commencent. Ils montent dans des bus qui les conduisent d’abord dans des « centres d’accueil et d’examen de la situation administrative ». Autrement dit des centres de tri. Ceux qui sont dublinés en fuite ou ex dublinés en fuite ou déboutés, ceux qui ne peuvent prétendre à l’asile, ceux qui se sont fait virés d’un précédent hébergement parce qu’ils ont obtenu l’asile ou parce qu’ils ont osé manger dans leur chambre ou inviter un ami sans abri à dormir un soir - et ça fait un paquet de monde – tous ceux-là sont systématiquement remis à la rue. Sans droit de travailler et, pour la grande majorité, sans allocation. Parfois, quelques personnes passent entre les mailles du filet en se faisant passer pour primo arrivants. Mais c’est rare, leur système est bien rodé. Ceux qui n’ont pas été remis dehors sont orientés dans des centres d’hébergement en Ile-de-France ou en province : ici un CADA correct, là un hôtel pourri ou un hangar avec des lits de camp. Tout est affaire de chance. Ceux qui refusent l’orientation perdent leur droit à l’hébergement et à l’allocation versée par l’OFII. Ils seront à leur tour remis à la rue lors de la prochaine évacuation… Politique criminelle dont l’objectif est clairement de priver de ressources et de logement un maximum de personnes.

Par message ou sur place, lors des maraudes, des distributions de repas, on informe les exilés de l’évacuation imminente du campement. Pour qu’ils soient présents à l’arrivée des policiers et pour qu’ils sachent comment cela va se dérouler. En fait, beaucoup n’ont pas besoin d’explications… Ce sera leur 3eme, 4eme, Neme évacuation. Certains n’ont aucun espoir. Ils ne peuvent pas croire que ce gouvernement qui les a jetés dehors tant de fois, qui les a confinés sur un dépotoir sans eau, sans nourriture, sans sanitaires se soucie soudainement de leur santé. Ils veulent quitter le campement avant l’aube pour ne pas prendre le risque de se retrouver à la rue sans tente et sans couverture dans quelques jours. On tente de les rassurer : au regard de la situation sanitaire il n’y aura pas de tri cette fois, du moins pas jusqu’à la fin du confinement.

Un monsieur afghan danse, il attendait l’évacuation depuis longtemps. Il espère avoir « une bonne place ». Mais on le sait, il n’y aura pas de bonnes places, seulement des gymnases. Ce soir sur le campement il y a un jeune somalien qui sort tout juste de l’hôpital. Il a de la fièvre, il tousse un peu. Tout le monde se demande comment les autorités comptent les protéger du virus en les parquant à plusieurs dizaines dans des gymnases. Rien n’est pire que la rue, certes. C’est toujours la réponse de l’Etat : s’ils ne sont pas contents ils n’ont qu’à retourner dehors. Comme s’il n’y avait pas d’autres options, comme s’il n’y avait pas des milliers de logements et de chambres d’hôtels vides. Comme si on leur faisait une fleur en leur filant un lit de camp, comme si le logement n’était pas un droit fondamental, comme si l’Etat n’était pas illégal…

🔸Mardi 24 mars : 63e évacuation (si mes comptes sont bons) 🔸
Tout se passe comme d’habitude : le quartier bouclé, les files d’attente pour monter dans les bus, des policiers qui les regardent comme des pestiférés. Comme d’habitude il n’y a pas assez de places pour tout le monde. Les policiers annoncent que c’est fini, il n’y a plus de bus. Il reste plusieurs dizaines de personnes exilées, qui n’ont nulle part où aller. Et comme d’habitude cette même injonction insupportable des policiers…
« -Il faut partir
-On va où ?
-Pas ici
-Mais où ? on va dormir où ?
-Vous ne pouvez pas rester là.
-Mais on peut rester où ?
-Partez, dispersez-vous »

Un monsieur somalien explique aux flics que son frère est monté dans l’un des bus. Il veut savoir où il est pour le rejoindre. On lui répète que ce n’est pas possible, il faut partir. Il craque. Face aux policiers, il crie sa rage et déchire tous ses papiers de la préfecture. Pendant ce temps le grand nettoyage du campement se poursuit. Toutes les tentes et les couvertures vont finir à la benne à ordures. Ceux qui n’ont pas pu monter dans bus tentent de retourner sur place pour récupérer des affaires, mais les policiers ne les laissent pas passer. Ils repartent donc sans aucun équipement et sans savoir sur quel bout de trottoir ils vont pouvoir dormir ce soir. S’ils reviennent ici ils seront violemment délogés par la police. S’ils vont ailleurs, ils seront probablement chassés aussi. Ils n’ont le droit d’être nulle part. « Part d’ici, mais pas là-bas…. »

Un petit groupe refuse de se disperser. Ils veulent se rendre directement dans l’un des gymnases, pour essayer d’entrer et « tenter leur chance » comme ils disent. Le gymnase le plus proche est celui du 19e arrondissement, avenue Jean Jaurès. Alors on y va. Arrivés sur place, l’agent de sécurité nous rétorque en criant qu’il n’y pas de places ici. Et on lui répond calmement qu’on ne bougera pas tant que l’on n’aura pas de solution d’hébergement, ici ou ailleurs. Bien sûr, il appelle la police.

Une dizaine de policiers débarquent donc et contrôlent les attestations. Ils savent pourtant que ce sont des personnes sans-abris. Sur demande insistante d’un monsieur Afghan qui s’était déjà pris une amende la veille, nous avions fait des attestations quelques minutes plus tôt. Tout le monde est donc en règle, sauf moi. Mon attestation de déplacement pour aide aux personnes vulnérables ne marche pas car, d’après la policière qui me verbalise, « ce ne sont pas des personnes en danger ». Une autre policière vocifère et s’acharne sur l’un des exilés du groupe car il a osé sourire. Elle crie qu’il est interdit de rire, qu’on est en crise sanitaire, que la situation est grave. Grave surtout pour lui, et c’est justement pour ça qu’il est là, car il ne veut pas mourir dehors. Elle accuse les soutiens de mettre en danger les exilés en organisant un rassemblement. Les exilés qui ont eu l’idée de venir ici (car oui, en fait ce sont des individus avec un cerveau et une volonté propre !), les exilés qui viennent de passer une semaine confinés de force par ses collègues policiers sur un campement insalubre... Et dernière nous, il y a 100 personnes entassées dans un gymnase, prêtes pour une contamination de masse.

Les policiers leur ordonnent de se disperser… dans la rue. Certains partent, d’autres restent. Après beaucoup de cris, de menaces et de remarques méprisantes, les flics annoncent qu’ils ont transmis une demande d’hébergement à la préfecture pour les quelques personnes encore présentes. Finalement on nous demande de rester devant le gymnase en attendant la réponse… Plusieurs heures plus tard, la réponse tombe : pas d’hébergement, il faut partir. Alors on passe la soirée à chercher des hébergements solidaires…

Ce soir-là, à la distribution de repas à Porte d’Aubervilliers il y a près de 200 personnes. Certaines n’ont pas mangé depuis plusieurs jours. Beaucoup demandent des tentes et des couvertures. Sur les bords du canal Saint Denis, les bénévoles de Solidarité Migrants Wilson délivrent également des dizaines de repas. Ils croisent des personnes seules, des petits groupes éparpillés qui ne savent pas où aller. A porte d’Aubervilliers les policiers pressent les Restos du Cœur de finir leur distribution. Ils veulent sans doute éviter les « points de fixation »… On redoute la suite. Chaque évacuation laisse place à un déchainement de violences policières. Car les autorités sont prêtes à tout pour éviter qu’un nouveau campement se forme dans ce quartier qui doit prochainement accueillir Chanel et des infrastructures olympiques.

Privation des droits, suppression des ressources, remise à la rue, harcèlement policier, voilà comment l’Etat condamne méthodiquement les exilés à l’enfer. Vous pensez qu’il leur accordera ne serait-ce qu’une trêve durant cette crise sanitaire ? Bien sûr que non. La chasse à l’homme est ouverte.

🔸Et tous les jours qui suivent : Disperser, harceler, tuer 🔸

Police partout. A porte de la chapelle, 2 fourgons de CRS. Colette Besson, 1 fourgon. Porte d’Aubervilliers, 2 fourgons etc… Des hommes qui ont tenté de se réinstaller vers le campement démantelé se sont fait virés par les flics. A porte d’Aubervilliers aussi, impossible de se poser, la police leur dit qu’il faut sortir de Paris. Alors ils vont encore plus loin, le long du canal Saint Denis et se cachent sous les ponts. Sous le pont Victor Hugo, sous le pont du Landy à Aubervilliers, sous l’avenue Anatole France à Saint Denis, les tentes sont chaque jour plus nombreuses. Ce sont les principaux « mini campements » identifiés. Mais il y a également beaucoup de personnes isolées ou en groupe plus restreint qui sont éparpillées dans le secteur.

Trop visibles encore. Samedi, des policiers gazent des personnes dans leur tentes sur les rives du canal. Ils leur ordonnent de partir. Cela ne suffit pas de les faire mourir de faim, de froid ou du corona. Il faut les faire mourir loin des regards.
Mardi matin (31 mars), à Aubervilliers : les policiers sont de retour et chassent plusieurs personnes à coup de cris et de lacrymo. Ils confisquent les couvertures et leur disent de retourner à Paris, à Porte de la Chapelle.
Mardi matin, vers porte de la Villette : Des policiers lacèrent les tentes d’un groupe d’exilés. Ils leur disent d’aller de l’autre côté du Périph, à Saint Denis.
Après 2 semaines de confinement, au lieu de chercher des solutions d’hébergement, les autorités jouent au ping pong avec des êtres humains… Jusqu’où peuvent-elles aller pour se débarrasser d’eux ? Jusqu’à les priver d’eau potable.

La fontaine près du campement est à sec. Ici il y a de nombreuses personnes qui n’ont aucune ressource, qui ne peuvent même pas s’acheter une bouteille d’eau. Les autorités, conscientes de cela, ont fermé les fontaines d’eau potable. Alors ici, des gens n’ont d’autre choix que de boire l’eau verdâtre du canal. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Sur le campement d’Aubervilliers, les élus avaient refusé de mettre en place un point d’eau. A plusieurs reprises ces dernières années, la ville de Paris a coupé l’eau aux abords des campements de fortune… Nous savons donc que ce n’est pas une négligence, un oubli ou un problème technique. C’est un acte criminel. Tout comme ce harcèlement policier incessant. Samedi soir encore, les policiers passent. Toujours la même rengaine insupportable : Il faut partir.

Des personnes solidaires apportent des bouteilles d’eau, harcèlent les élus pour rouvrir la fontaine, achètent des dizaines de jerrycans. Et, victoire de très courte durée, parviennent à ramener l’eau potable dans cette foutue fontaine. Mais aucune personne sans abri qui survivait ici ne pourra finalement en profiter. L’eau est revenue, les flics aussi…

Mardi matin (7 avril), sur les quais du canal Saint Denis, à Aubervilliers : Les policiers sont de retour, en force. Les campements sous les ponts ont grossi depuis 2 semaines. Aujourd’hui ils délogent tout le monde. Ils confisquent toutes les tentes et les couvertures. Les exilés qui sont sur place parviennent à récupérer leurs papiers et leurs effets personnels. Mais certains sont partis à la distribution de petits déjeuners. Toutes leurs affaires sont jetées à la benne. Les flics leur disent de retourner à Paris, d’aller à porte de la chapelle. Porte de la chapelle qui est toujours gardée par une flopée de CRS… Les exilés partent, pas le choix. De nouveau sans tente, sans couverture, sans savoir où ils iront ce soir. Les élus d’Aubervilliers disent que les ordres ne viennent pas d’eux, les quais du canal dépendent de la ville de Paris. La mairie de Paris dit qu’elle n’y est pour rien. La mairie de Paris, qui n’y est jamais pour rien, semble quand même avoir installé des barrières sur les quais après le démantèlement. C’est peut-être la préfecture de Région, dit-on. De toute façon ils sont tous coupables. Les uns coupent l’eau, les autres envoient la police, les derniers installent des grilles… Chacun met sa pierre à l’édifice dans cette surenchère de sadisme.

Fatalement, beaucoup de personnes sans tentes ce soir à porte d’Aubervilliers. Utopia 56 va en distribuer, mais leur stock s’amaigrit dangereusement. Il y a un Monsieur désespéré car sa carte de paiement de l’OFII a été balancée aux ordures en même temps que sa tente et sa couverture. Il se protège avec un foulard en guise de masque. On ne voit que ses yeux, qui sont de plus en plus rouges et humides au fil des secondes. Il y en a un autre qui demande comment avoir un hébergement, il dit avoir tous les symptômes du covid19. C’est un ex dubliné en fuite, désormais en procédure normale. Il a été « évacué » 3 fois, 3 fois remis à la rue. Il est fatigué. Certains disent que c’est la 4e, 5e ou 6e fois qu’ils se font délogés par les policiers. D’autres ont arrêté de compter. Il y a un homme qui dit qu’il s’en fout des flics, il a vécu pire, c’est pas ça qui va le décourager. Certains retournent dormir sous les ponts. Près des quais, la fontaine d’eau du passage moglia, qui était en marche la veille, est de nouveau fermée.

Ce matin (8 mars), les policiers sont encore venus chasser les exilés qui dormaient sur les quais. Et ça va continuer…

Aujourd’hui, en pleine pandémie, on doit se battre pour que les personnes sans-abris aient de l’eau potable, pour qu’elles puissent dormir sur un bout de bitume au milieu des rats. On en est là. L’ignominie de nos dirigeants est sans limite. Ils sont prêts à faire mourir ces personnes, ce sont des criminels.

Ceci n’est QUE ce dont nous avons connaissance. Résumé non exhaustif pour ceux qui ne savent pas, pour ceux qui peuvent se mobiliser malgré le confinement. Nous avons besoin de soutiens, pour collecter, marauder, héberger et crier collectivement. On ne va pas les laisser tuer sans bouger.

🔸🔸🔸
Informations recensées via : les exilés du campement, Paris d’Exil, Solidarité Migrants Wilson, La Gamelle de Jaurès, Utopia 56, Médecins du Monde, La Cimade, Infos Migrants, Urgence Notre Police Assassine, mes yeux et mes oreilles.


#Covid19 #ConfinésDehors #Journaldeconfine

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Tués par l'Europe. Naufrage en Méditerranée occidentale.

Publié le 8 Avril 2020 par lieb dans nous informons, Dépasser les limites de l'Yonne

Image d'archives

Image d'archives

Tués par l'Europe.
Naufrage en Méditerranée occidentale.

 

https://www.eldiario.es/canariasahora/365diasmigraciones/personas-muertas-desaparecidas-hundirse-Canarias_6_1012858751.html

 

Les tragédies en mer Méditerranée ne s'arrêtent pas à l'époque de la pandémie de Covid19. Ce matin, au moins 39 personnes ont été portées disparues, deux corps ont été retrouvés et 21 survivants ont été remmenés au Maroc, comme le rapporte WalkingBorders.


Ces tragédies sont évitables ! La militarisation de l'organisation espagnole de recherche et de sauvetage Salvamento Maritimo et la réduction de son personnel ont des conséquences directes.

 

Nos condoléances aux familles et aux amis des disparus et des morts.

 

#SafePassage pour tous !

 

03.04.2020

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Pétition pour la régularisation de tous les sans-papiers - 86904 signataire au moment de la rédaction de cet article!

Publié le 8 Avril 2020 par lieb dans Dépasser les limites de l'Yonne

Pétition pour la régularisation de tous les sans-papiers -  86904 signataire au moment de la rédaction de cet article!
Nordine R.
a lancé une pétition à destination de
Emmanuel Macron et le gouvernement français
 
Comme ancien attaché parlementaire et élu français, j'appelle solennellement à la régularisation de tous les "sans papiers" se trouvant sur le territoire national. 

Nous traversons une crise sanitaire sans précédent. Les sans-papiers doivent pouvoir accéder à des soins de qualité mais surtout aux même aides, notamment financières, destinées à tous ceux qui sont dans le besoin. 

Le Portugal a fait ce choix. Nous devons le faire.

Source : facebook Timothy Perkins

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Arrestation d'un demandeur guinéen - Les scandales en temps d'épidémie (1)

Publié le 8 Avril 2020 par lieb dans nous informons, Dépasser les limites de l'Yonne

Arrestation d'un demandeur guinéen - Les scandales en temps d'épidémie (1)

Dimanche 5 avril 2020, en milieu d’après-midi, la police de Vannes a arrêté un ressortissant guinéen lors d’une patrouille « Covid-19 ».

Source : Facebook Timothy Perkins

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Du côté du CRA de Coquelles : l’acharnement - Passeurs d'hospitalités

Publié le 22 Mars 2020 par lieb dans Dépasser les limites de l'Yonne

Du côté du CRA de Coquelles : l’acharnement - Passeurs d'hospitalités
   

 

par casoar2

 

Dans le centre de rétention de Coquelles, un enfermement sans précaution ni but, mais pas de confinement

La Cabane Juridique, Calais, le 19 mars 2020 – Actualisé le 21 mars 2020

Malgré l’annonce du Président de la République le 16 mars 2020 exhortant chacun à réduire ses déplacements au plus strict minimum pour limiter la propagation du coronavirus, aucune mesure ne semble avoir été prise dans le centre de rétention administrative de Coquelles, alors que les conditions de promiscuité favorisent largement sa dissémination.

Le 17 mars 2020, 65 personnes étaient enfermées dans le centre de rétention, pour 51 places actuelles (le centre étant en travaux depuis le 24 février, réduisant sa capacité de 28 places). Entre respect des normes et volonté de détenir un maximum de personnes, un choix a été fait, puisque des matelas sont installés dans une des salles communes pour pallier le manque de lit. Aucune mesure de précaution ne semble avoir été prise pour éviter la propagation du virus à l’intérieur du centre. Pas d’équipement de protection distribué : ni gants, ni masque, ni mise à disposition de gel hydroalcoolique ou savon supplémentaire, que ce soit pour les retenus, les policiers de la Police aux Frontières ou le personnel médical et de nettoyage intervenant dans le centre de rétention. L’organisation des repas reste inchangée : les retenus sont appelés à heures fixes dans le réfectoire et s’attablent par groupe de quatre sans aucune précaution sanitaire imposée ni simplement proposée.

Si la suppression du droit aux visites a été annoncée aux retenus, aucune communication supplémentaire n’a été effectuée. Depuis lundi 16 mars, 2 personnes retenues dans le centre ont été emmenées à l’hôpital suite à la détection de symptômes similaires à ceux du coronavirus. Suite à leur départ, toujours aucune communication. Toutefois, l’une d’elles est rentrée au centre de rétention. Visiblement déclarée saine, on l’a pour autant installée avec ses trois co-retenus sur des matelas dans une salle commune pour « aseptiser »la chambre par « principe de précaution ». Quel principe de précaution s’applique quand une personne présentant des symptômes est de retour dans un espace confiné tel qu’un centre de rétention ? « Nous ne savons rien, nous voulons être libérés, nous nous sentirions mieux protégés dehors »nous rapporte une personne retenue. Le climat est tendu au sein du centre de rétention, oscillant entre la peur et l’incompréhension.

Le 17 mars 2020, une dizaine de personnes ont entamé une grève de la faim dans le centre pour dénoncer le manque d’information et de mesures face à la pandémie. L’une d’elles a perdu connaissance après 48 heures, alors que d’autres ont été contraints de s’alimenter : « on ne nous donne plus nos médicaments si nous ne mangeons pas ».Voici au moins une mesure appliquée : soumettre l'accès aux médicaments à la condition de la cessation d'une grève de la faim dérangeante, afin d'occulter la situation actuelle.

Entre le 14 et le 20 mars, alors que nombreux pays avaient déjà fermé leurs frontières avec l’Europe et la France, et malgré cette absence de perspective d’éloignement, 18 personnes supplémentaires ont été placées dans le centre de rétention de Coquelles. Ce sont 18 personnes de plus dans un centre où les conditions semblent réunies pour la propagation du coronavirus.

Et pourtant, le 16 mars 2020, la cour d'appel de Paris avait dégagé un chemin vers la libération des retenu.es en adoptant une décision de remise en liberté fondée sur un double constat : d'abord, qu'en l'état de fermeture des frontières européennes, les perspectives d'éloignement hors du territoire français étaient « fortement compromises », et d'autre part, que la situation sanitaire au sein du centre de rétention entraînait « des risques de contamination accrus dans un contexte de pandémie mondiale due au coronavirus ».Ce chemin s’est toutefois avéré cahoteux. A Coquelles, si le centre de rétention se vide enfin petit à petit suivant cette jurisprudence, la préfecture du Pas-de-Calais a décidé de faire appel de décisions de libération prises par le juge des libertés et de la détention en première instance. Et pire, cet appel a obtenu gain de cause, puisque, en guise de réponse, la cour de Douai a qualifié le centre de rétention « d'espace de confinement »adapté à la crise sanitaire actuelle. Cette décision ordonnait alors le maintien en rétention de personnes déjà libérées et pour la plupart, sans document d’identité… Suivant ces remises en libertés, il était tentant de penser à la fermeture prochaine du centre de rétention de Coquelles. Mais encore une fois, cet espoir se gâche le 20 mars 2020 avec le placement de deux nouveaux arrivants, démontrant le peu d’intérêt de la Préfecture pour la protection des personnes qu’elle a décidé de retenir, ainsi qu'aux garanties pourtant spécifiquement prévues par la loi.

Enfin, la peur de la propagation du virus n’a pas empêché la France de transférer 2 personnes de nationalité algérienne et une personne de nationalité congolaise (RDC) vers leur pays d’origine en début de semaine. Les liaisons entre la France et l’Algérie avaient bien été coupées, mais la France n’a visiblement pas peur d’affréter des avions pour expulser. Notre Président, Emmanuel Macron, annonçait pourtant lundi soir que « tous les voyages entre les pays non-européens et l’Union Européenne seraient suspendus pendant 30 jours ».Les frontières de l'UE, épicentre de la pandémie mondiale, ont bien été fermées à l'entrée, ce qui ne semble malheureusement pas éviter le renvoi de potentiels porteurs du virus dans ces pays de retour.

L’association en charge de l’accompagnement juridique des personnes entrant dans le centre de rétention de Coquelles a dû se retirer physiquement du centre par précaution sanitaire. Les salariées de l’association tentent d’assurer, comme elles le peuvent, une permanence à distance, mais l’exercice effectif des droits est grandement affecté.

Oubliés de l'urgence, les retenus font l'objet d'un double abandon : s'ils ne peuvent plus bénéficier d'un accès à leurs droits du fait de l'urgence sanitaire (comme celui d'accéder à un avocat ou simplement à un conseil juridique), ils sont d'autant plus exposés aux dangers qui en résultent, contraints à se confiner dans un lieu soumis à des entrées continues, sans la possibilité d'appliquer des mesures de protection individuelles.

Enfin, il est temps de s’interroger sur la légalité même de la rétention administrative dans un tel contexte, comme cela a été dénoncé par la Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté dans son dernier communiqué de presse. Elle estime, en effet, que « la mesure de rétention elle-même se trouve dépourvue de fondement juridique » dès lors que « dans un contexte de réduction drastique des vols internationaux, la perspective de reconduite des personnes retenues est mince, voire illusoire », et recommande en conséquence de« procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative ».

La Contrôleure est encore plus critique en soulignant qu'en l'absence de mesures de protection spécifique, « l’Etat manque à son obligation de protéger à la fois ses agents et les personnes qu’il a lui-même placées sous sa garde ».

Le Président de la République affirmait lundi soir : « Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour ». Nous n’aurions pas si bien dit, fermons les centres de rétention administrative !


Un petit aperçu de la situation dans d'autres Centres de Rétention : 

 Vincennes : 

https://www.facebook.com/Assfam-aux-centres-de-r%C3%A9tention-de-Paris-Vincennes-418076064981919/

 Lesquin : 

https://www.lavoixdunord.fr/728897/article/2020-03-19/le-coronavirus-vide-presque-totalement-le-centre-de-retention-de-lesquin

Cornebarrieu : 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/coronavirus-liberation-personnes-etrangeres-retenues-au-centre-retention-cornebarrieu-pres-toulouse-1803272.html

Bordeaux : 

https://www.tvlibertes.com/actus/confinement-des-juges-ordonnent-la-liberation-des-migrants-en-attente-dexpulsion-des-centres-de-retention-de-bordeaux-toulouse-et-rouen

 

Pour plus d'informations : 

https://www.lacimade.org/presse/face-a-la-crise-sanitaire-lenfermement-administratif-des-personnes-etrangeres-doit-immediatement-cesser/

https://www.mediapart.fr/journal/france/170320/sans-papiers-en-retention-les-remises-en-liberte-sintensifient?onglet=full

https://www.infomigrants.net/fr/post/23526/coronavirus-en-france-en-centre-de-retention-des-conditions-aux-antipodes-des-preconisations

https://www.streetpress.com/sujet/1584466767-liberer-tous-etrangers-sans-papiers-retenus-dans-cra-migrants-coronavirus-epidemie-expulsions

 

Le CGLPL recommande de procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative : 

Situation sanitaire des prisons et centres de rétention administrative : le CGLPL demande la prise de mesures pour la protection des personnes privées de liberté

 

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Salubrité publique en période d’épidémie : une urgence humaine et sanitaire !

Publié le 22 Mars 2020 par lieb dans Dépasser les limites de l'Yonne

Salubrité publique en période d’épidémie : une urgence humaine et sanitaire !
Lettre ouverte inter-associative

Plus de 3500 personnes sont aujourd’hui à la rue, en demande d’asile ou non, en région Île-de-France, sans accès à l’hébergement ni à un accompagnement médico-social. Face à la crise sanitaire, les institutions ont la responsabilité de protéger toutes ces personnes.

Paris, le 17 mars 2020

• Plus de 3500 personnes sont aujourd’hui à la rue, en demande d’asile ou non, en région Île-de-France, sans accès à l’hébergement ni à un accompagnement médico-social.

• 500 personnes, sur la commune d’Aubervilliers, sont dans un campement de tentes dans un état d’insalubrité contraire à la simple dignité humaine, sans accès à l’eau et sans prise en charge des déchets. Des dizaines d’autres camps existent en Île-de-France sans aucune aide publique et des dizaines de familles avec enfants n’ont pas de solutions et dorment aux portes de Paris.

• Nous rappelons que les personnes sans-abri sont d’autant plus fragiles qu’elles font face à une absence de prise en charge médicale, renforcée par les mesures récentes gouvernementales concernant l’aide médicale d’État et le délai de carence pour les demandeurs d’asile.

Depuis plusieurs années, associations et collectifs alertent les institutions sur la situation des personnes à la rue à Paris et dans sa proche périphérie qui ne fait que s’aggraver. Rien n’a bougé depuis, pire la situation n’a cessé de se dégrader.
Aujourd’hui, cette population doit faire face non seulement à une présence policière accrue, des dispersions, des contrôles, des évacuations, une absence de prise en charge juridique et sociale, mais aussi désormais à l’épidémie de Covid-19. Des personnes, étrangères ou françaises, sans domicile, sont ainsi contraintes de rester dehors, dans des campements insalubres, malgré les mesures de confinement décidées !
Aujourd’hui, nous constatons qu’aucune mesure n’a été prise depuis une semaine pour mettre à l’abri les personnes les plus vulnérables.

Face à la crise sanitaire, les institutions ont la responsabilité de protéger toutes ces personnes.
C’est pourquoi, associations et collectifs, nous demandons :

• La réquisition des centres culturels, des bâtiments scolaires vides et de tout autre lieu permettant un hébergement et la mise en place des mesures de précaution, afin de mettre à l’abri toutes les personnes qui dorment dehors en Île-de-France et de permettre la mise en place des mesures sanitaires et d’hygiène nécessaires pour faire face au virus

• La mise en place de distributions alimentaires organisées par les pouvoirs publics pour pallier le fait que les associations ne peuvent plus poursuivre leur action dans ce domaine.

• L’installation ou la réouverture de points d’eau les plus nombreux et les plus accessibles possibles, et la mise à disposition de savon et de gel hydro-alcoolique, de manière à ce que les personnes à la rue puissent appliquer les recommandations faites par les autorités de santé publique.

• L’accès pour tout demandeur d’asile aux conditions matérielles d’accueil par l’OFII afin de permettre à toutes et tous de disposer d’un minimum de ressources financières pour pouvoir faire face aux mesures de confinement demandé.

• L’interdiction des expulsions visant les personnes hébergées dans les structures d’urgence

 


Associations signataires : Acat ; Actions traitements ; ADSF ; Amnesty International France – Région Paris ; Antanak ; Cèdre ; Comède ; Dom’Asile ; Emmaüs France ; Gisti ; La Gamelle de Jaurès ; L’Assiette migrante ; La Cimade Ile-de-France ; LDH ; Mrap Paris ; Paris d’exil ; P’tits dej’s solidaires ; Première urgence internationale ; RESF ; Secours Catholique – Délégation de Paris ; Serve the city ; Solidarité migrants Wilson ; Utopia 56 ; Watizat

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